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L’Union européenne punit les pays Africains qui ne condamnent pas la Russie

« Mais de quel droit l’Afrique pense-t-elle par elle-même ? », dit l’Union européenne. L’UE annonce des mesures de rétorsion contre les pays Africains qui n’ont pas condamné l’agression russe de l’Ukraine.

Comme une maîtresse d’école mécontente de l’attitude de ses élèves, l’Union européenne (UE) entend punir les pays Africains qui n’ont pas condamné l’agression de l’Ukraine par la Russie au cours d’une session extraordinaire d’urgence de l’Assemblée générale de l’ONU le 2 mars dernier. En Afrique, 17 pays s’étaient abstenus (sur 35 abstentions au total) dont le Congo-Brazzaville, Madagascar, le Mali, le Sénégal, le Soudan, l’Algérie, l’Éthiopie ou encore l’Afrique du Sud.

Mais de quel droit l’Afrique pense-t-elle par elle-même ?

Selon plusieurs sources, la présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen, considère punir les États qui se sont abstenus ou ont voté contre la résolution onusienne. Le 22 mars, le haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères Joseph Borrell a annoncé suspendre les deux missions de formation des forces armées maliennes (EUTM et EUCAP Sahel). Clôturant une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE, Joseph Borrell a déclaré « Il n’est pas question que les unités de l’armée malienne formées au combat par les missions de l’UE collaborent aux activités du groupe russe Wagner ».  De plus, l’UE envisagerait de geler ses aides aux fortes têtes africaines et de réallouer ses subsides aux caisses de l’Union africaine.

Quel péché ont commis ces pays Africains ? Celui de revendiquer une liberté de penser et de conscience. Pour l’UE, l’Afrique doit suivre. Il n’est pas permis au continent d’avoir sa propre voie, de se dire non-aligné. Un déni de souveraineté aux relents néocolonialistes.

Tropisme néocolonial

En somme, ce que dit l’UE est que la démocratie c’est bon pour l’Occident, mais les femmes et hommes du Sud ne sont pas assez dignes pour jouir des droits qu’elle promeut et protège. Ces velléités en disent long sur la posture générale qu’adoptent les pays européens à l’égard du continent et lève un coin de voile sur le degré de condescendance supporté et malheureusement toléré par nos dirigeants dans les alcôves diplomatiques où, loin des regards du public les insultes doivent se faire plus ouvertes.

Avec de tels propos et actes, comment les mêmes acteurs peuvent-ils s’étonner et crier au loup lorsque l’Afrique se détourne d’eux, leur préférant des partenaires libres de ces réflexes de néo-colons ? N’en déplaise à l’Occident, ce sont moins les charmes de la Chine et de la Russie qui attirent les Africains que le mépris asséné sans répit par l’Ouest, décidément indécrottable de son suprémacisme.

Déployant son tropisme néocolonial, l’Europe met tout en œuvre pour propager une pensée unique, convaincue qu’elle est d’avoir le monopole de la bien-pensance et de détenir la « Vérité ». En tentant ainsi d’étouffer la pluralité d’opinion, l’Europe des libertés se fait l’antichambre d’une forme de totalitarisme.

« Nous ne sommes pas vos esclaves ! », répond le Sud à l’Occident

En dehors de l’Afrique, le Pakistan a aussi subi le chantage de l’UE, l’institution ayant tenté d’intimider le Premier ministre Imran Khan pour qu’il condamne l’intervention russe en Ukraine. En présence des ambassadeurs de l’Union européenne, le chef de gouvernement a dénoncé l’hypocrisie, l’ingratitude et l’impérialisme de l’Occident et réaffirmé sa position de non-aligné.

« Les ambassadeurs de l’Union européenne ont écrit une lettre nous demandant de condamner l’opération militaire russe en Ukraine. […] Je veux vous demander si vous avez envoyé un message pareil à l’Inde ! » […] « Lorsque l’Inde a violé les lois internationales au Cachemire occupé, l’un d’entre vous a-t-il rompu ses liens avec l’Inde ou arrêté le commerce avec ce pays ? » […] « Qu’avons-nous gagné de notre soutien à l’OTAN en Afghanistan, à part la perte de 80 000 vies et de 150 milliards de dollars ? L’OTAN a-t-elle reconnu nos sacrifices ? Les ambassadeurs de l’UE ont-ils jamais écrit une lettre louant nos efforts en Afghanistan ? En revanche, le Pakistan a été blâmé pour l’échec de l’OTAN en Afghanistan »

Imran Khan, Premier ministre Pakistanais

En outre, l’attitude de l’UE éclaire à postériori les propos troubles de Vladimir Poutine qui, lors d’une conférence de presse avec Emmanuel Macron tenue le lundi 7 février, affirmait que la Russie n’entretient pas de relations avec le Mali. Ils pourraient avoir été formulés pour éviter d’impliquer Bamako, déjà ostracisé par l’Occident pour sa liberté de ton et de choix, dans un conflit qui ne le concerne pas et pour prévenir d’éventuels accrochages entre les soldats russes déployés sur le territoire malien et les troupes européennes.

Teria News

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