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Le Gabon finalise son entrée dans le Commonwealth

L’adhésion du Gabon au Commonwealth n’est plus qu’une formalité. Elle devrait être actée au cours de la réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth prévue se tenir à Kigali du 20 au 25 juin. Après le Mozambique en 1995 et le Rwanda en 2009, le Gabon serait le troisième pays non anglophone à rejoindre l’organisation. Et s’il faisait des émules ?

De l’aveu d’Ali Bongo lui-même, rejoindre le Commonwealth marquerait un « tournant historique ». Ces mots du président gabonais font suite à une rencontre, le 11 mai 2021, avec la secrétaire générale du Commonwealth, la baronne Patricia Scotland.

Officiellement, il était question pour Londres de s’assurer que Libreville respecte les critères de l’organisation en matière de droits humains et de démocratie. Il va sans dire que si le Rwanda, régime brutal, maintes fois épinglé pour ses atteintes aux droits de l’Homme, a été intégré en 2009, le Gabon d’Ali Bongo qui fait office d’enfant de cœur à côté du « pays aux mille collines », ne devrait pas avoir de difficultés à passer ce test. D’autant que pour se conformer à ces préoccupations britanniques, le Gabon a révisé son Code civil afin de consacrer l’égalité homme-femme et lutter contre les violences domestiques. Après Patricia Scotland, Ali Bongo a rencontré le prince Charles pour évoquer la signature par son pays de la charte du Commonwealth lors du prochain sommet de Kigali. Initialement prévu en juin 2021, la rencontre a été reportée au 20 juin de cette année, à cause de la pandémie de Covid-19.

Si intégré au sein du Commonwealth, un groupe de 54 pays rassemblant principalement les anciennes colonies britanniques, le Gabon fera de l’anglais sa seconde langue officielle après le français. Signe que le mouvement est amorcé, à l’issue de son entretien avec Boris Johnson le 20 mai 2021, c’est en anglais qu’Ali Bongo twittait « Great meeting and great discussion today in London with PM Boris Johnson » (« Formidable réunion et formidable échange aujourd’hui à Londres avec le Premier ministre Boris Johnson »). Aidé par les réseaux de l’ancien Premier ministre Tony Blair, Ali Bongo devrait faire son entrée dans l’organisation dans les tous prochains jours.

Profiter du dynamisme anglophone

« De quoi diversifier nos partenariats et dynamiser nos perspectives de développement ».

Noureddine Bongo Valentin, Conseiller stratégique du président au sein du PDG

Le Gabon a ainsi entamé une accélération de son processus d’adhésion. L’idée n’est en effet pas nouvelle à Libreville. Dix ans se sont écoulés depuis les premiers pourparlers avec Londres.

Le dynamisme économique des pays anglophones n’est plus à démontrer. Et l’économie gabonaise, laminée comme d’autres sur le continent par le Covid-19 et les répliques économiques de la guerre en Ukraine, après avoir subi le choc de la chute des prix du pétrole en 2014, aurait bien tord de se passer du réseau du Commonwealth dans sa stratégie de relance. Cette adhésion serait une nouvelle corde à l’arc du Gabon suite au rapprochement d’Ali Bongo avec les pays asiatiques, dont la Chine.

Par ailleurs, l’ambition de faire du Gabon un État bilingue s’explique par le projet du pays de développer le secteur tertiaire dans le cadre de la diversification d’une économie jugée trop dépendante des revenus du brut, du bois et des minerais.

Fini la françafrique de papa?

Comme la Côte d’Ivoire en Afrique de l’Ouest, le Gabon est un des piliers de la Françafrique dans la région centrale du continent. Sans que les « liens spéciaux » ne soient rompus, loin s’en faut, en diversifiant ses partenaires, Ali Bongo veut faire les choses différemment.

Après l’adhésion du Rwanda en 2009, alors que les relations entre Kigali et Paris étaient particulièrement exécrables, diplomatiquement, le rapprochement du Gabon avec le monde anglophone au nez et à la barbe de Paris fait office de provocation. Le signe d’un malaise dans la Françafrique qui pourrait faire des émules.

Teria News

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