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Les États-Unis suspendent l’Éthiopie, le Mali et la Guinée de l’accord AGOA

Samedi 1er janvier, les États-Unis ont annoncé exclure l’Éthiopie, le Mali et la Guinée de l’accord commercial AGOA. Washington est-il toujours crédible en gendarme de la démocratie dans le monde ?

Le symbole se veut fort. 2022 s’ouvre avec des sanctions américaines contre 3 pays africains accusés de violer des principes démocratiques, conditions de respect par Washington du programme de préférences commerciales de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA). Conclu en 2000 sous l’administration Clinton, l’AGOA ouvre aux pays membres africains, l’accès au marché américain sans droits de douane.

« Les États-Unis ont exclu aujourd’hui l’Éthiopie, le Mali et la Guinée du programme de préférences commerciales de l’AGOA en raison d’actions prises par chacun de leurs gouvernements en violation des statuts » de l’AGOA. […] « Notre administration est profondément préoccupée par le changement anticonstitutionnel de gouvernement en Guinée et au Mali, et par les violations flagrantes des Droits de l’Homme, internationalement reconnues, perpétrées par le gouvernement éthiopien et d’autres parties au milieu du conflit qui s’étend dans le nord de l’Éthiopie ».

Katherine Tai, représentante des États-Unis au commerce extérieur, samedi 1er janvier

Washington : un gendarme des Droits de l’Homme très sélectif

Washington a, depuis plusieurs mois, pris ses distances avec le gouvernement du premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, régulièrement condamné et récemment sanctionné pour sa riposte à la rébellion des forces tigréennes du TPLF. Longtemps allié des États-Unis dans la région, Abiy Ahmed s’est aliéné la puissance américaine dans sa détermination à construire son Grand barrage de la renaissance (GERD), source de vives tensions diplomatiques avec le Soudan et l’Egypte pour lesquels Washington a pris parti. Entre deux partenaires régionaux, les Etats-Unis semblent avoir fait le choix du Caire et du régime d’Abdel Fattah al-Sissi malgré ses atteintes systémiques aux Droits de l’Homme et sa traque impitoyable des opposants politiques. Caressé dans le sens du poil pour être un « rempart contre le terrorisme » et un allié d’Israël, le président Egyptien bénéficie de faveurs et de passe-droits de la part des pays occidentaux engagés en Afrique du Nord et au Moyen Orient, prêts à fermer les yeux sur les forfaits d’Abdel Fattah al-Sissi tout en dénonçant ceux de ses adversaires. Si face aux condamnations régulières des organisations de défense des Droits Humains, les États-Unis ont, en septembre dernier, retenu 170 millions (sur 300 millions conditionnés au respect des Droits de l’Homme) d’1,3 milliards de dollars d’aide annuelle accordées par le Congrès à l’Egypte, ces sanctions restent décevantes.

Des sanctions à portée symbolique

« Les États-Unis exhortent ces gouvernements à prendre les mesures nécessaires pour répondre aux critères statutaires afin que nous puissions reprendre nos précieux partenariats commerciaux », a ajouté Katherine Tai qui précise que la Guinée est ciblée « pour n’avoir pas établi ou n’avoir pas fait de progrès continus vers l’établissement de la protection de l’État de droit et du pluralisme politique » et le Mali « pour ne pas avoir établi, ou ne pas faire de progrès continus vers l’établissement, la protection de l’état de droit, du pluralisme politique et des droits des travailleurs internationalement reconnus, et pour ne pas lutter contre les violations flagrantes des droits de l’homme internationalement reconnus ».

L’AGOA étant surtout taillé pour les pays exportateurs de pétrole vers les États-Unis, l’exclusion américaine, bien qu’ayant un impact sur l’Ethiopie dont les exportations vers les États-Unis se sont élevées à 525 millions de dollars en 2020, aura un effet négligeable sur la Guinée et le Mali. En effet, Conakry qui vend sa bauxite à la Chine, n’a exporté que pour 10 millions de dollars de biens vers les États-Unis la même année ; des exportations qui n’ont atteint que 2,2 millions de dollars pour le Mali qui dépend de Dubaï pour le commerce de son or, de l’Asie et de l’Europe pour son coton.

Teria News

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