AfriquePolitique

Mali : la France se retire mais l’Union européenne se réengage

Au Sahel, l’Union européenne refuse de suivre la stratégie de Paris. Alors que la France s’est retirée du Mali, Bruxelles y renouvelle sa présence. Mardi, l’UE a annoncé la prorogation du mandat de la mission de renforcement des capacités de l’Union Européenne au Mali (EUCAP Sahel Mali) jusqu’en 2025.

En terrain hostile depuis le second coup de force du colonel Assimi Goïta en mai 2021, la France, à couteaux tirés avec la diplomatie malienne, a été contrainte de quitter le Mali en mettant fin à 10 années de présence militaire.

Avec la task force Takuba, conçue pour succéder à Barkhane, mais morte née avant d’amorcer sa montée en puissance, Paris prenait le leadership de la présence européenne au Sahel en tant que nation cadre. Mais le tournant souverainiste de la diplomatie malienne ayant eu raison de ses ambitions stratégiques dans la région, Paris a du plier bagage, laissant ses partenaires européens face à un dilemme : suivre l’Élysée et ouvrir un boulevard à l’implantation de la Russie au Sahel ou rester, quitte à côtoyer les paramilitaires de Wagner et s’adapter au style Goïta.

Bruxelles se démarque de Paris

Avec le renouvellement, mardi 10 janvier, du mandat de la mission de renforcement des capacités de l’Union Européenne au Mali (EUCAP Sahel Mali) jusqu’en 2025, l’Union européenne a tranché. Au-delà de la prorogation de deux années supplémentaires d’EUCAP Sahel Mali, l’UE réaffirme son engagement en dotant la mission d’un budget de plus de 73 millions d’euros pour la période comprise entre le 1er février 2023 et le 31 janvier 2025.

« Compte tenu de la situation volatile au Mali, le Conseil a également décidé d’adapter le mandat de la mission afin de prendre en considération la situation politique et sécuritaire du pays. EUCAP Sahel Mali pourra ainsi faciliter le déploiement des forces de sécurité intérieure (FSI) dans le sud du Mali, en se concentrant sur la police nationale, et le redéploiement des FSI dans le centre du Mali, qui pourrait reprendre s’il est jugé approprié »

EUCAP Sahel Mali

Rester sans s’engager sur le terrain

Le réengagement de Bruxelles interroge, notamment au vu de l’hémorragie que subit la MINUSMA, plusieurs capitales européennes ayant, tour à tour, annoncé le retrait de leurs contingents de la force multilatérale onusienne. Comment comprendre que les mêmes acteurs quittent la MINUSMA tout en renouvelant leur présence et investissement au Mali ?

La réponse se trouve peut-être dans le mandat de la mission européenne. De nature civile et non militaire, elle consiste à former la police, la gendarmerie et la garde nationale maliennes ainsi qu’à assister les ministères concernés. Si ses statuts n’impliquent pas le déploiement de troupes au sol, contrairement à la MINUSMA ou à Takuba, difficile toutefois de scinder distinctement toutes ces missions dont l’objectif reste l’assistance au Mali face aux diverses menaces sécuritaires qui menacent les populations civiles et l’intégrité de son territoire. Il s’agit pour les européens de rester en moindre frais, sans engager leur responsabilité sur le terrain.   

Rappelons que dans un rapport publié en mai 2022, le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) exhortait Bruxelles à « ne pas créer un vide qui pourrait être exploité au détriment des intérêts de l’UE ». Une mise en garde que les européens semblent avoir entendue, en restant au Mali, mais aussi en cherchant d’autres États, notamment du golfe de Guinée, où faire une « empreinte militaire limitée ».

Teria News

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page