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Après le Mali, l’Union européenne se repositionne en Afrique de l’Ouest

Chassée du Mali, l’Union européenne (UE) refuse d’abdiquer face à la Russie. Avec trois nouvelles missions de formation militaire, l’UE cherche des points de chute au Sahel et dans le golfe de Guinée.

Dans sa guerre d’influence contre Moscou, Bruxelles a perdu la bataille du Mali mais ne s’avoue pas vaincue en Afrique. Après les camouflets essuyés par la diplomatie européenne sur les théâtres malien et centrafricain, l’Union européenne (UE) se repositionne sur le continent.

Selon le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), Bruxelles entend déployer trois nouvelles missions de formation militaire, cette fois exclusivement dans la sous-région Ouest-africaine. L’UE cherche à se repositionner au Niger, au Burkina Faso et dans « l’un pays des pays côtiers du Golfe de Guinée », indique la « Revue stratégique globale de l’EUTM Mali et l’EUCAP Sahel-Mali 2022 ».

Portes ouvertes au Sahel

D’ores et déjà, le Niger apparaît comme le terrain le plus accueillant. À la lumière des dernières déclarations publiques du président Mohamed Bazoum appelant à plus de présence militaire étrangère, Niamey devrait faciliter l’implantation d’une mission européenne sur son sol. Le SEAE révèle d’ailleurs que l’exécutif nigérien a demandé à Bruxelles la création d’un « centre d’excellence en matière de logistique et de maintenance dans les environs de Niamey ». Une demande que l’UE excède : « l’Union européenne souhaite aller au-delà de cette demande pour former, équiper et accompagner les forces armées nigériennes », nous apprend le document.

Au Burkina Faso, l’Europe interviendrait également à la demande des autorités centrales. Mais depuis le coup d’État intervenu fin janvier, la Transition burkinabè entretient le flou. Si d’un côté elle invite Bruxelles à former ses troupes, de l’autre, elle envoie une délégation militaire de haut niveau à Bamako (mi-avril) pour s’inspirer du modèle malien. Une indécision soulignée par Bruxelles qui estime que Ouagadougou est « en train de jouer un double jeu ». L’initiative du lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba, président de la Transition burkinabè, est suffisante pour créer la suspicion des européens, repoussés par la perspective d’un partenariat entre le Faso et la société paramilitaire Wagner.

« La possibilité d’une reproduction du modèle malien [au Burkina Faso] à travers l’utilisation de forces à la solde de la Russie ne peut pas être exclue »

Service européen pour l’action extérieure (SEAE)

Cap sur le golfe de Guinée

Au-delà du Sahel, le SEAE préconise de faire une « empreinte militaire limitée dans un État côtier identifié ». Quel seraient les pays du golfe de Guinée concernés ? Déjà mentionnés en tant que potentiels nouveaux hôtes de la force Barkhane, le Bénin, le Togo et la Côte d’Ivoire qui font face à une aggravation de la menace terroriste, pourraient être demandeurs. Mais ces États se font jusqu’à présent discrets sur un recours à l’aide militaire étrangère, en termes de formation comme de troupes au sol.

En départ forcé du Mali depuis le rapprochement entre Bamako et Moscou, Bruxelles est exhortée à « ne pas créer un vide qui pourrait être exploité au détriment des intérêts de l’UE ». Alors qu’elle avait annoncé la fin de ses activités militaire au Mali en avril, le SEAE conseille donc à l’organisation de rétropédaler en maintenant, même de façon résiduelle, la Mission de formation de l’Union européenne au Mali (EUTM Mali) destinée aux forces armées et la Mission de soutien aux capacités de sécurité intérieure maliennes (EUCAP Sahel-Mali) à destination de la police. Toutefois, cette recommandation ne tient pas compte de la partie malienne qui, depuis plusieurs mois, a clairement engagé un virage souverainiste, solde critique de soixante années de coopération polémique avec ses partenaires occidentaux.

Teria News

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