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Contre un « assaut » migratoire de ses frontières, l’Europe mobilise l’OTAN

L’OTAN bientôt mobilisée contre l’immigration africaine ? Alors que l’Europe se prépare à accueillir une vague de « migrants de la faim » Africains poussés par la crise alimentaire causée par la guerre en Ukraine, l’Espagne demande que la migration irrégulière et l’insécurité alimentaire figurent dans le nouveau concept stratégique de l’OTAN.   

Les sanctions occidentales contre Moscou ayant paralysé les exportations de céréales et d’engrais russes et entrainé de façon générale une flambée du prix des denrées alimentaires, certains y voient un retour de bâton. L’Europe craint pour ses frontières lesquelles, dans ses pires cauchemars, seront bientôt prises d’assaut par des migrants africains frappés par la faim.

Le « Med5 » anticipe une nouvelle crise migratoire

C’est en substance ce qu’ont débattu les ministres des cinq pays européens les plus sollicités dans l’accueil des migrants lors d’un sommet tenu le samedi 4 juin à Venise. Rassemblant l’Italie, l’Espagne, la Grèce, Chypre et Malte, le « Med5 » anticipe la réponse à apporter à une éventuelle vague de « migrants de la faim » venus d’Afrique.

« Cette année, les États membres de la ligne de front devraient, comme nous en avons discuté entre nous, accueillir plus de 150 000 migrants », a déclaré le ministre chypriote de l’Intérieur, Nicos Nouris. « Si le blé reste bloqué dans les ports de la mer Noire, nous devons nous attendre à un flux (de migrants) plus important […] Nous sommes inquiets, comme tous les pays de la ligne de front. L’inquiétude est celle d’une accélération des débarquements sur les côtes européennes de bateaux transportant des migrants en provenance d’Afrique »

Luciana Lamorgese, ministre italienne de l’Intérieur

Par ailleurs, les préoccupations du « Med5 » rappellent les profondes lignes de fractures qui traversent l’Union européenne sur la question de l’accueil des migrants. Depuis la crise de 2015 et malgré les directives de la Commission européenne, de nombreux États se sont assis sur le principe de solidarité, faisant peser la responsabilité de l’accueil des migrants sur les pays du bassin méditerranéen.   

L’OTAN bientôt à la rescousse ?

En état de « mort cérébrale » avant le conflit russo-ukrainienne, l’OTAN a été ressuscitée par la guerre à l’Est de l’Europe. En effet, alors que l’organisation vivait une crise identitaire en ce début de XXIe siècle, l’agression russe de l’Ukraine l’a remise au goût du jour, au point de pousser la Finlande et la Suède à rompre avec leur politique bicentenaire de neutralité militaire pour faire acte de candidature.

C’est encore à l’aune de la guerre en Ukraine que l’OTAN pourrait voir s’élargir le spectre de ses prérogatives. L’Espagne, prochain pays hôte d’un sommet de l’alliance, annonce peser de tout son poids pour que les « menaces hybrides » telles que la migration irrégulière et l’insécurité alimentaire soient incluses dans le « nouveau concept stratégique » de l’organisation, prévu être rédigé du 28 au 30 juin dans la capitale ibérique.

« Nous voulons que l’on reconnaisse qu’il existe également de graves menaces provenant du flanc sud. Le terrorisme, la cybersécurité, l’utilisation politique des ressources énergétiques et de la migration irrégulière, et l’insécurité alimentaire empiètent tous sur notre souveraineté »

Jose Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères

À l’aune de l’accueil chaleureux réservé aux réfugiés ukrainiens, l’alarmisme des pays européens rappelle le « deux poids, deux mesures » de l’Occident. Cette dichotomie dans le traitement de réfugiés creuse le gouffre entre l’Ouest et l’Afrique. Elle aggrave également l’image du continent européen dont les beaux discours sur la solidarité entre peuples sont balayés du revers de la main à l’épreuve de la réalité.

Teria News

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