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« Civilisations Noires » : le Royaume Kongo

Puissant Royaume d’Afrique centrale, le Kongo prend ses racines au XIVe siècle. Rythmé par un calendrier de 13 mois et un jour, le Royaume disposait de son propre système monétaire et de finances publiques. Il s’éteint au XIXe siècle sous les assauts des puissances coloniales.

D’une superficie de 2.500.000 km carrés, l’empire du Kongo était matrilinéaire c’est-à-dire que seuls les descendants de la figure mythologique de l’ancêtre-mère Nzinga Nkuwu et par la suite de sa fille Lukeni Lwa Nzinga (malgré qu’elle ait eu deux frères d’une même mère héritant du titre de maîtres de terre) pouvaient prétendre au poste de Mwene (fonction suprême). L’importance des rôles tenus par les reines mères et épouses royales, placées au cœur de cette civilisation, témoigne tout autant de ce que la civilisation Kongo avait de puissantes racines matriarcales et valorisaient la dignité féminine.

Organisation économique et sociale

Au 16ième siècle, l’empire s’étendaient de la partie nord de l’Angola contemporain à la République Démocratique du Congo à l’ouest, jusqu’au sud du Gabon. À son apogée, il s’étendait de l’océan Atlantique jusqu’à l’ouest de la rivière Kwango à l’est, et du fleuve Congo jusqu’à la rivière Loje au sud. Une superficie qui justifia l’organisation confédérale de la gouvernance appuyée par le génie d’une hiérarchisation administrative autour du pouvoir central abrité par la capitale « Mbanza Kongo ».

Outre l’or, le cuivre, l’ivoire, la poterie pour ne citer que ces ressources, l’empire disposait également d’une monnaie connue sous l’appellation « Nzimbus », coquillages de l’île de Luanda  sélectionnés au tamis pour former des paniers de valeurs dont le Funda (mille unités les plus petites), le Lukufu (mille fundas) et l’Imbonde (mille lukufus). Le Funda équivalait à 13,33 francs en son temps.

Parallèlement à l’extraction des métaux précieux, la pêche, la chasse ainsi que l’élevage occupaient également une place prépondérante dans l’économie de l’empire.

La formation professionnelle, reposant sur des centres d’apprentissage de métiers, était particulièrement développée. Une stratégie éducative révolutionnaire pour l’époque. Les plus excellents, au nombre de quatre : Kimpasi, Kinkimba, Buelo et Lemba formaient l’élite de l’empire, admis selon des critères réputés sélectifs.

Un calendrier fondé sur des semaines de quatre jours dont trois ouvrables et un dédié au marché, formant des mois de 7 semaines et des années de 13 mois et un jour, rythmait la civilisation Kongo.

Le piège de l’ouverture à l’Occident

Le prestige de la civilisation Kongo fut reconnu en 1491 par l’ambassadeur milanais à Lisbonne à travers la comparaison de la capitale « Mbanza Kongo » à Évora, résidence royale portugaise.

Dans le souci d’accéder à un certain savoir et à des connaissances, présentées comme indissociables du christianisme, cette foi nouvelle fut acceptée au Kongo. Le christianisme ouvrit la porte à des relations diplomatiques précoces avec l’Occident.

L’empire nomma Antonio Manuel ambassadeur du Kongo à Rome. Son buste, chef d’œuvre de Francesco Caporale, fut conservé au Battistero di Santa Maria Maggiore de Rome entre 1606-30.

À cause de l’agressivité de plus en plus accentuée des portugais à l’orée du XVIIe siècle, le Mwene Kongo intensifia les échanges diplomatiques avec l’Europe. Ainsi, d’innombrables missives signées du souverain du Kongo (Alvaro 2) dénoncèrent l’hostilité des gouverneurs portugais d’Angola. Elles furent suivies par l’envoi, en 1604, de l’ambassadeur Antonio Manuel à Rome avec pour mission d’y porter les problèmes croissants posés par les portugais en Angola et d’exposer les tentatives de l’église catholique, d’utiliser le christianisme pour asseoir l’influence locale de Lisbonne.

Après une escale au Brésil où il fit libérer un noble du Kongo réduit en esclavage, le bateau d’Antonio Manuel fut attaqué par des pirates hollandais entre le Brésil et l’Europe. Bien qu’il en sorti indemne, Antonio Manuel parvint à Lisbonne ruiné. Incident qui n’empêcha ses hôtes européens d’apprécier la toilette et la culture de l’homme urbain et instruit qu’il était. Il ne fallut pas moins de quatre années à l’ambassadeur du Kongo pour rechercher de riches sponsors afin de rassembler les ressources lui permettant de mener à bien sa mission. Ainsi, Antonio Manuel atteignit enfin Rome en 1608. Malheureusement, son décès soudain porta un coup d’arrêt aux négociations tant souhaitées. Les derniers sacrements du pape Paul V lui furent accordés sur son lit de mort.

Renforcée par la colonisation (Portugaise, Belge et Française), la traite des Noirs et son œuvre sanglante de dépeuplement, fut fatale à la civilisation Kongo qui s’éteint au XIXe siècle.

L’Eveilleur de Conscience Panafricaine

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