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Guinée : référendum constitutionnel et législatives le 1er mars prochain, un coup double pour mieux faire passer la pommade du 3e mandat?

Les décrets présidentiels secouent ce début de semaine en Guinée. Le dernier a été lu le mardi 4 février. Les législatives prévues pour le 16 de ce mois, reportées lundi au 1er mars, seront couplées au référendum constitutionnel.

L’opposition qui avait déjà promis boycotter le scrutin législatif y voit une énième manœuvre de la part du président Alpha Condé. Abduramane Sanoh, coordonnateur du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), coalition formée des principaux partis d’opposition et de mouvements de la société civile parle de « coup d’État constitutionnel ». Les autorités elles avancent d’autres motifs: « Sur le plan économique, ça va coûter moins cher et ça va faciliter la mobilisation des militants. On n’a pas deux campagnes à faire. On mobilise les militants pour deux scrutins en même temps », déclare Papa Koly Kourouma, directeur de campagne de la mouvance présidentielle.

L’actuel parlement étant entré en fonction en janvier 2014 pour 5 ans, les législatives étaient attendues pour 2018 ou début 2019 au plus tard. Ont ensuite été retenues les dates du 28 décembre 2019, puis du 16 février 2020.

Malgré leur boycott annoncé par l’opposition qui n’a pas déposé de liste de candidats avant la date limite, les législatives sont la meilleure chance pour le régime de drainer une participation minimale. Sans ce jumelage opportun, était à anticiper un boycott décuplé du référendum constitutionnel, et ajouté à la mobilisation populaire qui l’aura précédé, le risque qu’il soit entaché d’une légitimité fragile.

Un couplage, mais une annonce en deux temps. Le soulagement de la tenue des législatives était-il destiné à amortir dans l’esprit des guinéens les plus hostiles, la programmation du référendum constitutionnel ?

La Guinée est en proie à une agitation politique depuis trois mois, basée sur le projet d’Alpha Condé de modifier la Constitution de 2010, pour, l’en accusent ses détracteurs, briguer un troisième mandat. À ce jour 28 civils et un gendarme ont trouvé la mort dans des heurts entre manifestants et forces de l’ordre.

Ancien opposant historique, exilé, persécuté politiquement, emprisonné par Lansana Conté, libéré à la faveur d’une mobilisation internationale, Alpha Condé pour nombre de ses compatriotes s’est mué en antithèse de ce qu’il a toujours défendu, et est devenu une menace pour les acquis démocratiques pour lesquels il s’est âprement battu. Président en exercice de l’Union africaine de 2017 à 2018, il a défendu au nom du panafricanisme la souveraineté du continent face à tout impérialisme. Mais dans le même temps selon des enquêteurs français, à la faveur d’accords opaques, a concédé au groupe Bolloré de juteuses parts de marché sur le port de Conakry contre des conseils en communication à prix réduit. À 81 ans, le président guinéen dont le mandat s’achève cette année, n’est plus à une contradiction près.

Teria News

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