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RDC : 44 millions d’électeurs pour une grand-messe électorale dantesque

44 millions de congolais sont appelés aux urnes ce mercredi 20 décembre. Des élections générales regroupant des scrutins présidentiel, législatif, provincial et municipal. Evoquant une entrée en guerre contre le Rwanda, Félix Tshisekedi mobilise le nationalisme comme bouée de sauvetage face à un bilan terne.

Deuxième plus grand pays d’Afrique (2,3 millions de kilomètres carrés, quatre fois la France), la République Démocratique du Congo convoque son corps électoral ce mercredi. Sur 100 millions d’habitants, 44 millions sont appelés à désigner leurs représentants aux différents niveaux de gouvernance autour desquels s’articule la vie politique du pays.

Au cœur de toutes les attentions, le scrutin présidentiel oppose le président sortant Félix Tshisekedi à une opposition morcelée en 18 autres candidats. Mais les congolais sont également appelés à élire leurs députés nationaux et provinciaux et, pour la première fois, leurs conseillers communaux. Autre nouveauté de ces élections générales, les Congolais de la diaspora doivent voter dans cinq pays.

Le nationalisme, bouée de sauvetage de Félix Tshisekedi

5 ans après sa victoire contestée face à Joseph Kabila, Félix Tshisekedi (60 ans) est en quête de la confiance des électeurs quand, face à lui, Martin Fayulu, 67 ans et candidat malheureux au scrutin de 2019, continue de dénoncer la confiscation du précédent scrutin présidentiel à la faveur d’un deal conclu entre l’ancien président congolais et le chef d’État sortant. Mais depuis 2019, l’étoile de Martin Fayulu qui se présentait alors en tant que candidat unique de l’opposition rassemblée au sein de la coalition Lamuka (avant la défection de Félix Tshisekedi), semble avoir quelque peu pali.

Conscient de son bilan mitigé, principalement dans la lutte contre l’insécurité à l’est de la RDC où sévissent plus de 120 groupes rebelles, mais aussi face à une corruption endémique et la gabegie dans la gestion des finances publiques alors que les scandales éclaboussent des membres de son entourage, ou encore en termes d’infrastructures, Félix Tshisekedi demande toutefois à ses concitoyens cinq ans de plus pour « consolider les acquis ». Face à ses adversaires, comme à son bilan sécuritaire, dans une double déclinaison nationaliste le président sortant agite sa congolité.

D’une part, contre Moïse Katumbi et dans une certaine mesure Denis Mukwege (68 ans). Riche homme d’affaires et ancien gouverneur de la province minière du Katanga (sud-est), à 58 ans le métissage italo-congolais du premier lui a souvent valu des attaques sur son appartenance nationale, quand l’aura internationale du second, fondée sur son combat contre les mutilations génitales subies par les femmes victimes d’exactions de groupes rebelles à l’est du pays par ailleurs récompensé par un prix Nobel de la paix, en ferait un « candidat de l’étranger ». D’autre part, en évoquant une entrée en guerre contre le Rwanda, Félix Tshisekedi surfe également sur une fibre nationaliste. Bien qu’étayées par plusieurs rapports d’ONG et des Nations unies, les accusations de déstabilisation portées contre Kigali, notamment via le M23, ont aussi l’avantage de détourner l’attention. Tout en étant réel, cet ennemi extérieur cache ainsi une stratégie d’évitement, limitant la reddition de comptes de l’exécutif sur un bilan sécuritaire embarrassant.  

Doutes sur le processus électoral

Outre la polarisation du climat politique, la campagne a également été empoisonnée par des inquiétudes sur l’organisation du scrutin au vu des difficultés d’acheminement du matériel électoral dans les zones reculées de la RDC et sa transparence, notamment au regard des nombreuses critiques autour de l’impartialité des membres de la Cour constitutionnelle ou de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), touchant surtout son président Denis Kadima.

Avec plus de 100.000 candidats en lice pour les quatre scrutins de ces élections générales, ce dernier garanti justement la « transparence » du processus électoral, avec un suivi « en temps réel » de la compilation des résultats. Dans ce contexte, le chef de la branche politique du M23 et l’ancien président de la CENI Corneille Nangaa, annoncent depuis le Kenya, la constitution d’un mouvement politico-militaire : l’Alliance du fleuve Congo. Composé d’associations citoyennes et de personnalités politiques, elle vise la refondation de l’État via l’usage des armes, si nécessaire.

Teria News

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