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L’Alliance des États du Sahel se dote d’une « force conjointe »

Les armées de l’AES mutualisent leurs efforts au sein d’une « force conjointe », créée le mercredi 6 mars à Niamey. Appelée à être « opérationnelle dans les plus brefs délais », cette force vise à combattre la menace terroriste. L’émergence d’une nouvelle architecture antiterroriste sous-régionale.

Tenue mercredi 6 mars à Niamey, la réunion des chefs d’état-major des pays de l’Alliance des États du Sahel marque une accélération du processus d’intégration du Mali, du Burkina Faso et du Niger au sein de l’organisation. En se dotant d’une « force conjointe », ces États concrétisent leurs ambitions de mutualiser leurs moyens pour former une force militaire, s’insérant dans un plus large projet d’interdépendance économique, politique et de rayonnement géopolitique.

La création d’une « force conjointe » s’inscrit également dans le cadre de la rupture de ses États membres d’avec la CEDEAO. Annoncée le 28 janvier « avec effet immédiat », elle se heurte toutefois aux textes, dont l’Article 91 du Traité révisé de la CEDEAO de 1993 qui prévoit une transition d’un an avant son effectivité.  

« Force conjointe » contre « Force en attente » ?

La Conférence « Réitère la nécessité urgente pour la Commission de la CEDEAO d’accélérer l’opérationnalisation de la Force en attente, sous son mode cinétique, pour lutter contre le terrorisme dans la région, notamment les éléments de la Force Multinationale Conjointe (MNJTF) et l’Initiative d’Accra, conformément aux instructions de la Conférence. À cet égard, la Conférence instruit la Commission de convoquer dans les meilleurs délais la réunion des Ministres des Finances et de la Défense afin de proposer des modalités de financement et d’équipement de la force de lutte contre le terrorisme. »

Dans son communiqué final diffusé à l’issue du sommet extraordinaire du 24 février qui a vu la levée de la majorité des sanctions communautaires imposées au Niger au lendemain du putsch du 26 juillet 2023, la Conférence des chefs d’État de l’organisation a exprimé une série de préoccupations sur les conséquences du retrait conjoint de Bamako, Ouagadougou et Niamey. Au côté des conséquences économiques énumérées, Abuja a évoqué les effets sur la lutte contre le terrorisme. « Le retrait aura des incidences sur la coopération en matière de sécurité, d’échange de renseignements et de participation aux initiatives régionales de lutte contre le terrorisme, notamment l’initiative d’Accra et les activités de la Force multinationale mixte. », indique le texte.

Ainsi, outre l’urgence imposée par les attaques terroristes sur le territoire des États membres de l’Alliance lesquelles, dans un rare déchainement de violence, ont notamment fait 170 victimes au cours de la semaine écoulée au Burkina Faso et la nature transfrontalière de la menace, la démarche des pays de l’AES semble également répondre aux critiques émises par les acteurs sous-régionaux, en particulier la CEDEAO.

Nouvelle architecture sécuritaire multilatérale

Cette « Force conjointe des pays de l’AES (…) sera opérationnelle dans les plus brefs délais pour prendre en compte les défis sécuritaires dans notre espace », a indiqué le général Moussa Salaou Barmou, chef d’état-major nigérien des armées, dans un communiqué publié à l’issue d’une réunion à Niamey avec ses homologues malien et burkinabè. « Nous sommes convaincus qu’avec les efforts conjugués de nos trois pays, nous parviendrons à créer les conditions d’une sécurité partagée », a-t-il de plus assuré avant de souligner que les trois armées étaient parvenues « à élaborer un concept opérationnel » qui « permettra d’atteindre les objectifs en matière de défense et de sécurité » dans l’immense territoire des trois pays.

Par ailleurs, la création d’une « force conjointe » au sein de l’AES s’inscrit dans le cadre du démantèlement de l’architecture sécuritaire multilatérale sous-régionale principalement suite à l’expulsion des forces Barkhane, Takuba, de la MINUSMA et de la dénonciation des accords de coopération militaire avec Paris. À cela s’ajoute le retrait malien du G5 Sahel en mai 2022. Suivi de la sortie conjointe du Burkina Faso et du Niger de l’organisation en décembre 2023, il a porté un coup fatal à une force moribonde. Dans un tel contexte, la « force conjointe » de l’AES vise à crédibiliser le projet d’intégration de l’AES et à redessiner une nouvelle architecture antiterroriste sous-régionale, fondée sur les ressources endogènes de ses acteurs.

Teria News

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