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COP 28 : L’Afrique seule face au défi du financement de la transition climatique

Alors que s’ouvre jeudi la COP 28 de Dubaï, la rencontre est déjà sous le feu des critiques. L’Afrique, principale victime du changement climatique auquel elle ne contribue pourtant qu’à hauteur de 4%, fait front commun avec la Déclaration de Nairobi. Avec seulement 3 % des investissements arrivant à l’Afrique, le texte appelle à plus de justice dans le financement de la transition climatique.   

Abritée par un des premiers producteurs de pétrole au monde (4 millions de barils par jour) et présidée par Sultan Ahmed Al Jaber, PDG de la compagnie pétrolière émiratie Adnoc, la COP 28 fait tousser les figures de proue de la lutte contre le réchauffement climatique. Ce paradoxe représente pour certains une hypocrisie de trop pour un format déjà discrédité. Un manque d’engouement général qui devrait être renforcé par l’absence annoncée du président Joe Biden.

Alors qu’elle contribue à moins de 4% du réchauffement climatique, l’Afrique est le continent le plus affecté par ses conséquences. Cause et catalyseur de l’insécurité alimentaire, des conflits intercommunautaires ou encore de l’extrémisme violent, le dérèglement climatique pèse également sur les performances économiques des pays africains. En effet, les dommages causés absorbent déjà 5 à 15% de leur PIB.

Nerf de la guerre, les financements échappent encore largement à l’Afrique

Depuis la COP de 2009, organisée à Copenhague, l’Afrique n’a quasiment pas vu la couleur des 100 milliards annuels à elle promis. Ainsi, au regard de la faillite des États à honorer leurs promesses, la notion de justice climatique, au cœur de la riposte climatique, a, dès ses fondements, eu du plomb dans l’aile. Face à ce désistement du Nord et l’échec du principe de pollueur-payeur, les États du Sud s’emploient à trouver d’autres solutions, quitte à inverser la charge du financement.

Issue du premier Sommet africain pour le climat, organisé du 4 au 6 septembre, en amont de la COP 28, la déclaration de Nairobi représente le premier effort de l’Afrique pour adopter une position commune et parler d’une voix unie afin de mieux défendre ses intérêts.  

Mais paradoxalement, les efforts des pays africains ont marqué un glissement dans l’approche jusqu’ici privilégiée par les États du continent. Au lieu de reposer essentiellement sur la notion de réparation, de compensation des pays du Sud par ceux du Nord, certaines voix, principalement le Kenya, appellent à la mobilisation de financements endogènes selon les trois sources de financement traditionnelles que sont : institutions financières internationales, prêteurs bilatéraux et marchés financiers. Disputée par plusieurs pays Africains, cette logique soulève un double problème. D’une part, elle fait peser sur les victimes le poids du financement de la riposte et dès lors, accroit l’injustice climatique. De l’autre, elle enfonce les États du Sud dans l’engrenage de la dette et, à cet égard, ravive les griefs à l’égard d’un système financier mondial qui les désavantage. Les pays Africains en effet, empruntent à des taux élevés à cause de la perception du risque dénoncée comme biaisée par des représentations subjectivement négatives de l’Afrique, et à des conditions inéquitables auprès de la Banque mondiale, comme du FMI.  

S’agit-il du premier pas vers un changement de paradigme qui ferait assumer à l’Afrique le poids de la riposte pour une conséquence de l’activité économique des pays riches, majoritairement du Nord ? Complexe, la question du financement de la transition climatique est ainsi indissociable de celle de la dette des pays africains, appelés à être restructurée. Plus généralement encore, elle rappelle les inégalités structurelles, liées à l’architecture financière internationale héritée de l’après-Guerre et reflétant, via le système désuet des quote-part, souvent décrié par les pays du Sud-Global, des rapports de force d’un autre temps.

Le Sud, terrain de l’inaction climatique du Nord ?  

Pour limiter le réchauffement climatique à + 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle, comme prévu par l’accord de Paris, les investissements en faveur de la transition climatique doivent atteindre 2 000 milliards de dollars (environ 1 800 milliards d’euros), dirigés vers les pays africains. Et ce, en l’espace d’une décennie.

La question du financement de la riposte reste épineuse car nuit notamment au consensus des acteurs sur l’investissement dans le secteur des énergies renouvelables. En l’espèce, l’Afrique, bien que représentant 60 % des meilleurs potentiels mondiaux en énergie solaire, n’a toutefois qu’une capacité installée similaire à la Belgique. Pour cause, seuls 3 % des investissements sont dirigés vers l’Afrique.

En vogue lors du sommet de Nairobi, la piste des crédits carbone africains ne constitue toutefois pas une de solution miracle car les efforts devraient être dirigés vers la limitation des gaz à effet de serre et non pas vers leur compensation. Les détracteurs de cette option, y dénoncent de plus une façon pour les pollueurs riches d’acheter un droit à polluer en perpétuant un système de « business as usual ». A l’heure où des inondations meurtrières ont, depuis mi-novembre, fait plus de 111 morts et 700 000 déplacés dans la Corne de l’Afrique, la riposte climatique est encore prisonnière d’une approche capitaliste, alors que cette dernière est elle-même responsable de l’urgence climatique actuelle.

Teria News

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