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L’Afrique, pion géopolitique ou véritable partenaire des États-Unis ?

Tournée africaine de Kamala Harris. Après celles de la Première dame Jill Biden et du secrétaire d’État Antony Blinken, toutes en ce début d’année, la Vice-présidente américaine veut enfoncer le clou. Les États-Unis courtisent le continent, mais est-ce pour en faire un véritable partenaire ou pour l’instrumentaliser comme pion géopolitique face à la Chine et la Russie ? 

Avec le dernier sommet États-Unis-Afrique sur la démocratie, les tournées successives de responsables américains, d’abord de la Première dame Jill Biden en Namibie et au Kenya en février, puis du Secrétaire d’État en Ethiopie et au Niger mi-mars où Antony Blinken affirmait que Washington avait plus à offrir que la Russie et la Chine, et à présent la visite de Kamala Harris, les États-Unis multiplient les appels du pied envers le continent. Seulement, l’heure des vœux pieux et des déclarations d’intentions et est révolue.   

Première personne Noire et première femme à accéder à la vice-présidence des États-Unis, sur le papier, Kamala Harris a tout pour séduire le continent africain. Mais les communautés afro-américaine et diasporique ont du mal à s’approprier sa réussite. Après les échecs de Barack Obama, co-responsable de la chute de Mouammar Kadhafi et de la déstabilisation du Sahel, la vice-présidente américaine est perçue comme un produit du système et a déjà déçu les nombreuses attentes portées sur elle en novembre 2020.   

En « terrain conquis », Kamala Harris prend peu de risques

« Quel honneur d’être ici au Ghana, et sur le continent africain. Je suis très enthousiaste quant à l’avenir de l’Afrique. Je suis très enthousiaste quant à l’impact du futur de l’Afrique sur le reste du monde. Quand je regarde ce qu’il se passe sur ce continent et le fait que l’âge moyen soit de 19 ans, ce que cela nous dit sur la croissance de l’innovation et des possibilités. Je vois en tout cela, une grande opportunité, pas seulement pour les Africains, mais aussi pour le reste du monde »

Kamala Harris, Vice-présidente américaine

Au cours de ses étapes au Ghana, en Tanzanie et en Zambie, Kamala Harris abordera officiellement la résilience du continent face à la crise climatique dont l’Afrique, qui ne contribue qu’à hauteur de 3% du dérèglement climatique, en subit de plein fouet les conséquences, l’amélioration de la sécurité alimentaire et la hausse des investissements sur le continent. La vice-présidente américaine ira de plus à la rencontre d’entrepreneurs, d’étudiants, de femmes et de paysans. Au Ghana, elle visitera également le fort de Cape Coast, ancienne plaque tournante de la traite des esclaves.   

Difficile d’occulter que Kamala Harris se rend surtout dans des pays anglophones et crise, qui ont besoin du soutien des États-Unis. Le Ghana de Nana Akufo-Addo connait une véritable débâcle économique avec une inflation de plus de 50 % et une baisse de la monnaie locale, le cedi, touchée par les effets de la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine. Alors qu’il avait promis se passer de l’institution au cours de sa campagne, le président ghanéen a conclu un accord de 3 milliards de dollars de crédit avec le FMI et est également en pourparlers avec la Chine. Des États-Unis, le pays n’obtient pour le moment qu’une enveloppe de 139 millions, principalement affectée au secteur sanitaire… Une goutte d’eau face à l’ampleur des difficultés du peuple ghanéen. Également en crise, la Zambie est le premier pays africain à faire défaut sur sa dette au sujet de laquelle, comme le Ghana, le pays est en pourparlers avec la Chine et le FMI. Quelles solutions concrètes offrent les États-Unis à ces deux pays en crise ?

« Parole, parole, parole » ou enfin du concret ?

« Il ne fait aucun (mystère) que nous sommes engagés dans une compétition avec la Chine, très clairement, pour concurrencer la Chine à long terme ». Les déclarations sans ambages d’un haut responsable américain livrent les intentions américaines.

Devant la somme de promesses non tenues en matière d’investissement, de renforcement de capacités ou de soutien à la jeunesse et la société civile, l’Afrique a besoin de concret et les prétendants seront désormais jugés sur leurs actes. Alors qu’un terrien sur quatre sera Africain d’ici 2050, Washington dit voir dans ce continent l’« avenir du monde », mais face aux nombreux défis du continent, notamment sécuritaires, les africains observent circonspects les livraisons massives d’armes à l’Ukraine quand, dans le même temps, les responsables américains se succèdent sur le continent avec des discours polis certes, mais les bras ballants.

En outre, bien que bienvenue, la diversification de l’offre de partenariats pose néanmoins le problème des bénéficiaires. Pour le moment, elle profite à la classe politique continentale, mais pas encore à l’Afrique des peuples et des libertés. Les dirigeants font en effet monter les enchères en leur faveur, selon leurs intérêts et non ceux des populations. Face à eux, Chine, Turquie, Russie, Inde et occidentaux cèdent pour s’implanter en termes de marché publics et d’influence géopolitique. Mais sur le grand échiquier, qui pour se préoccuper des peuples ?

Teria News

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