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600 soldats français supplémentaires déployés au Sahel

En faisant passer la force Barkhane de 4500 à 5100 hommes d’ici fin février, Emmanuel Macron réussit à transformer une tragédie en une opportunité.

Dimanche, la ministre française des armées Florence Parly a annoncé le renforcement de l’opération Barkhane. En plus de 600 soldats supplémentaires, Barkhane bénéficiera de plus d’une centaine de véhicules (blindés lourds, blindés légers et logistiques). Selon la ministre, « L’essentiel des renforts sera déployé dans la zone dite des trois frontières » (Mali, Burkina Faso, Niger), « Une autre partie de ces renforts sera engagée directement au sein des forces du G5 Sahel pour les accompagner au combat ». Ce réengagement de la France au Sahel est le fruit direct de la convocation de Pau du 13 janvier dernier.

Suite à la mort au Mali de 13 soldats français dans une collision de deux hélicoptères le 25 novembre 2019, le 4 décembre, du haut de la tribune de l’OTAN à Watford, Emmanuel Macron lance un appel aux chefs d’Etat des pays du G5 Sahel. Le président français leur demande alors de « clarifier » leur position sur la présence militaire française au Sahel, affichant son désir de les voir « assumer » publiquement que la présence des soldats français au Sahel est issue de leur volonté et non de « visées coloniales » de la part de la France, et pour réévaluer « les objectifs de l’engagement français » dans la région.

Emmanuel Macron se trouvait en grandes difficultés. En interne, face à la contestation historique contre la réforme du régime des retraites, et en externe face aux tensions entre les alliés de l’OTAN, dont l' »état de mort cérébrale » était l’objet de vives joutes verbales avec le président turc Recep Tayyip Erdogan. Dans ce contexte, la mort des soldats français ajoutée à la revendication du groupe État islamique l’a considérablement affaiblit sur les deux échelles. Afin de reprendre le contrôle et le dessus, le président français quitte sa position de victime et passe à l’offensive.

Premièrement, en fustigeant le « sentiment anti-français » croissant dans les pays du G5 Sahel, par ailleurs simple manifestation des libertés d’opinion et d’expression, créant un lien de causalité illusoire entre d’une part l’impopularité de la présence militaire française dans la région, et d’autre part la tragédie du 25 novembre.

Deuxièmement, en convoquant à Pau, ville où étaient basés 7 des 13 soldats tués au Mali, les chefs d’Etat du G5 Sahel, pour leur enjoindre de faire ce que l’exécutif français est incapable de réaliser: expliquer à une opinion publique française lasse et hostile les raisons de l’engagement militaire de l’Hexagone à 4000 Km de ses frontières.

Troisièmement, en faisant formuler aux chefs d’Etat du G5 Sahel le désir mal assumé par Paris de renforcer ses effectifs dans la région, pour mieux légitimer un tel déploiement. Tâche impossible si la volonté avait semblé émaner unilatéralement de l’Elysée.

Enfin, en reprenant l’initiative et en imposant les termes des débats de l’après 25 novembre, Emmanuel Macron fait oublier l’embarrassante revendication du groupe État islamique, que Paris a mis une énergie déconcertante à démentir.

Notons que l’annonce de l’envoi de 600 soldats constitue la victoire du plaidoyer du chef d’état-major français François Lecointre, pour qui le nombre 220 arrêté à Pau était dérisoire. Une multiplication par trois, cette fois non sollicitée par les pays du G5 Sahel…

L’annonce de Florence Parly est une preuve s’il en fallait encore, que la convocation de Pau était une vaste opération de communication. L’humiliation essuyée, sinon par les chefs d’État du G5 Sahel, assurément par les opinions publiques africaines, a permis à Emmanuel Macron de rebondir politiquement. Le président français a réussi à faire diversion en créant un contre-feu.

Wuldath MAMA

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